lundi 27 octobre 2025

Bible, premiers pas #2 La Nuée et le Temple

 

Vraiment tu es un Dieu qui se cache, Dieu d'Israël, Sauveur !

Cantique d'Isaïe (Isaïe 45, 15)



A) Le Livre de l’Exode 40, 33-38

Moïse installa le parvis autour de la Demeure et de l’autel, et il plaça le voile de la porte du parvis. Ainsi Moïse acheva le travail. La nuée couvrit la tente de la Rencontre, et la gloire du Seigneur remplit la Demeure. Moïse ne pouvait pas entrer dans la tente de la Rencontre, car la nuée y demeurait et la gloire du Seigneur remplissait la Demeure. À chaque étape, lorsque la nuée s’élevait et quittait la Demeure, les fils d’Israël levaient le camp. Si la nuée ne s’élevait pas, ils campaient jusqu’au jour où elle s’élevait. Dans la journée, la nuée du Seigneur reposait sur la Demeure, et la nuit, un feu brillait dans la nuée aux yeux de tout Israël. Et il en fut ainsi à toutes leurs étapes.

A bis) Le Livre des Nombres 9, 15-23

Le jour où l’on dressa la Demeure, la nuée couvrit la Demeure – c’est-à-dire la tente du Témoignage – et, le soir, il y eut sur la Demeure comme l’apparence d’un feu, et cela jusqu’au matin. Il en fut toujours ainsi : la nuée couvrait la Demeure et, la nuit, il y avait l’apparence d’un feu. Dès que la nuée montait au-dessus de la Tente, les fils d’Israël levaient le camp ; à l’endroit où elle s’arrêtait, les fils d’Israël campaient. Sur l’ordre du Seigneur, les fils d’Israël levaient le camp, et sur l’ordre du Seigneur, ils campaient ; tous les jours où la nuée demeurait sur la Demeure, ils campaient. Et quand la nuée s’attardait de nombreux jours sur la Demeure, les fils d’Israël observaient l’ordre du Seigneur : ils ne levaient pas le camp. Il arrivait que la nuée reste peu de jours sur la Demeure : sur l’ordre du Seigneur, ils campaient et, sur l’ordre du Seigneur, ils levaient le camp. Il arrivait que la nuée reste seulement du soir au matin : le matin, la nuée s’élevait et ils levaient le camp ; ou bien elle restait un jour et une nuit : la nuée s’élevait et ils levaient le camp. Que ce fût deux jours, un mois, ou plus encore, tant que la nuée s’attardait sur la Demeure – demeurait au-dessus d’elle –, les fils d’Israël campaient et ne levaient pas le camp ; mais dès qu’elle s’élevait, ils levaient le camp. C’est sur l’ordre du Seigneur qu’ils campaient, et sur l’ordre du Seigneur qu’ils levaient le camp : ils observaient les dispositions du Seigneur selon son ordre transmis par Moïse.

B) L’Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1, 26-37

Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.



Le parallèle entre ces trois textes, pourtant fort éloignés pour ce qui est du temps de leur rédaction, est frappant, à tel point qu’il nous permet de pouvoir affirmer avec assurance que le dernier a été écrit en se référant aux deux premiers, dont l’un constitue une simple amplification de l’autre.

Dans chacun de ces textes, l’on retrouve l’idée que Dieu descend sur terre sous la forme d’un obscurcissement ou d’une privation de lumière : nuée d’une part, ombre d’autre part, idée fascinante s’il en est, qu’il est tentant de rapprocher (sans doute à tort) de la conception très grecque d’un dieu de lumière qui ne peut révéler son essence aux mortel.le.s et leur apparaître dans toute sa gloire sans causer leur mort (cf. le mythe de Zeus, dont le nom provient de la racine indo-européenne *dei- qui signifie « briller », et de Sémélé). La seconde idée commune aux trois textes est celle que Dieu descend en un « lieu » bien spécifique : la Tente de la Rencontre ou du Témoignage / la Demeure d’une part, que Moïse a fait confectionner et a bâtie en suivant scrupuleusement les instructions divines, lieu de culte initialement nomade, dont le dispositif portatif est longuement décrit dans le Livre de l’Exode, qui sera ensuite remplacé par un ensemble de bâtiments « en dur » qui fixeront le culte juif à Jérusalem, et, d’autre part, une adolescente : la Vierge Marie.

On pourrait m’objecter que les deux textes comportent des différences de taille : dans le désert de l’exode, Dieu lui-même vient au milieu de son peuple ; dans l’épisode de l’Annonciation, c’est le Saint-Esprit qui vient. Dans le désert de l’exode, Dieu séjourne au milieu de son peuple ; dans l’épisode de l’Annonciation, l’action du Saint-Esprit est décrite comme rapide, son séjour sur terre comme un simple passage. Cependant ces différences sont superficielles, quoique porteuses de sens, et témoignent qu’entre l’Ancien Testament et le Nouveau, le rapport de Dieu aux humains évolue dans la continuité.

  • Le Saint-Esprit de l’Évangile est la forme que Dieu prend pour intervenir et agir sur la terre : il est la « puissance du Très-Haut », sa puissance créatrice, celle-là même qui a conçu le monde, « le souffle de Dieu [qui] planait au-dessus des eaux » de la Genèse, et qui sera capable de féconder une vierge.

  • Le séjour de Dieu sur terre par le truchement de la Vierge Marie n’a rien d’un simple passage, puisqu’il s’y incarne dans le Christ, qui lui permet de retrouver cette proximité à son peuple qu’il avait dans le désert. Cette proximité évolue également : le Dieu du désert, à la fois présent et absent dans la nuée, nuée qui n’est pas un nuage, une réalité physique, mais un moyen d’exprimer l’abstraction du divin, de dire le mystère de ce qu’il est plus que ce qu’il est, ce Dieu prend forme, acquiert une limite, lui qui n’en avait aucune.

  • Si le christianisme professe que ce Dieu qui s’est fait homme est à la fois vraiment Dieu et vraiment homme, le Dieu Père n’en est pas moins au ciel et n’a rien perdu de sa substance, et ce Dieu-là, la première des trois « personnes », continue de se manifester en même temps que de se dérober dans la nuée :

    Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » (Luc 9, 34-35)

    Le texte de Luc opère un habile trait d’union entre l’Ancien Testament et le Nouveau, avec l’exode et avec l’Annonciation : « [l]’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre » / « une nuée survint et les couvrit de son ombre ». La scène célèbre relatée par trois des quatre évangélistes (Luc, Marc et Matthieu), réunit Moïse, Élie, Pierre, Jean, Jacques, Jésus, le Saint-Esprit (sous la forme de la nuée) et le Père (sous celle de la voix qui désigne Jésus). Le passé prophétique et l’avenir testimonial se trouvent ainsi rapprochés en vue de la manifestation du Dieu Trine en un corps solaire (chez Matthieu par exemple : « son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière »), une voix impérieuse et une nuée de puissance.

Ce jeu complexe de renvois se poursuit avec celui qui institue sans doute en partie le culte marial : Marie enceinte est au Dieu du Nouveau Testament ce qu’est la Tente de la Rencontre / le Temple au Dieu de l’Ancien, elle en est le Temple, cette Église où l’assemblée se donne Jésus-Christ pour chef. Si en effet l’Église est le lieu où Dieu séjourne parmi les hommes, si elle est le temple de Dieu, elle est Marie. D’où le passage du Nouveau Testament où Jésus agonisant sur la croix confie sa mère à Jean : testament christique prennent naissance l’Église et le clergé.

Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. (Jean, 19, 25-27)

D’où également la présence de la Vierge au cénacle, parmi l’assemblée des premiers chrétiens, encore timides et circonspects, mais déjà église par sa présence :

À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. (Actes des Apôtres 1, 13-14)

Les trois passages que nous avons relevés mettent en avant trois modalités pour Dieu de « demeurer auprès », auprès de son peuple élu, auprès des humains en général, auprès de ses ministres.

  • Le séjour de Dieu auprès de son peuple est conditionné par l’exécution rigoureuse d’un projet architectural qui fait l’objet d’une révélation à Moïse. Comme tous les temples de l’Antiquité, le sanctuaire ainsi réalisé comporte, matérialisés par des voiles, des seuils enchâssés les uns dans les autres jusqu’au saint des saints terminal. Celui-ci contient un coffre fermé et rien d’autre, ce qui distingue la Tente de la Rencontre des autres sanctuaires antiques, comme le relève Tacite au livre cinquième, chapitre IX, de ses Histoires.

    Pompée fut le premier Romain qui dompta les Juifs (Pompée s'empara de Jérusalem l'an de Rome 691, avant J. C. 63) ; il entra dans le temple par le droit de la victoire : c'est alors qu'on apprit que l'image d'aucune divinité ne remplissait le vide de ces lieux, et que cette mystérieuse enceinte ne cachait rien.

    Jusqu’ici, sous la forme d’une nuée, noire le jour, ardente la nuit, Dieu guidait les « fils d’Israël » dans le désert, mais une fois la tente et le mobilier installés, alors que le peuple et Moïse lui-même se tiennent respectueusement écartés, voici que la nuée s’approche, couvre et remplit la tente, révélant la nuit un feu ardent. Ainsi demeure Dieu auprès de son peuple.

    Toute la scène est marquée par l’effroi sacré devant une certaine façon d’apprivoisement de l’inapprivoisable, tout à fait à l’opposé du mode tranquille d’habiter le monde des divinités mésopotamiennes et égyptiennes, mais paradoxalement proche de limmobilité crispée du dernier Marduk, dont la toute-puissance est telle qu’il ne peut, en son temple de Babylone, bouger un doigt sans briser un quart de l’univers (Bottéro et Kramer 1989, Lorsque les dieux faisaient l’homme).

    C’est donc au moyen d’un dispositif architectural très précis que Dieu parvient à demeurer auprès de son peuple, « demeurer » signifiant simplement ici « rester », « être-avec », et non encore et toujours diriger, la distance infranchissable entre divin et humain étant maîtrisée par l’architecture sacrée.

  • Pour que Dieu demeure auprès de l’humanité toute entière et non plus seulement du peuple élu, il n’est plus besoin d’un dispositif architectural, mais d’une femme « pure », d’une vierge (la pureté religieuse étant traditionnellement associée chez les Juifs à la chasteté). Autre différence notable : si la nuée divine couvre la Tente au vu et au su de tou.te.s, Dieu obombre la Vierge à huis clos. Le témoignage concerne uniquement la parole de l’ange, parole qui, de son côté, a pour seul objet l’intervention du Très-Haut à travers la nuée et ce que celle-ci opérera. Là est en l’occurrence la dernière différence notable : alors qu’on ne saurait dire ce que c’est pour Dieu que de rester avec son peuple, il apparaît clairement qu’en couvrant Marie, il opère en elle et opère sans témoin. L’opération en elle-même demeure un mystère qui redouble et approfondit le secret de la venue de Dieu auprès de Marie. On a beaucoup glosé sur cette opération mystérieuse, et toujours du point de vue de la virginité de la Vierge, alors que ses moments-clés regardent avant tout son auteur. Ces moments-clés sont les suivants :

    • De la seule semence (le modèle de la conception dans les Évangiles est emprunté à la philosophie grecque qui, à cette époque, imagine une co-participation égale de l’homme et de la femme) de Marie et en son sein, former le germe du « Fils de l’Homme », c’est-à-dire d’un homme à la fois universel et individuel, un homme moyen, ni grand ni petit, ni beau ni laid, ni blanc ni noir, etc.

    • Naître en ce germe, s’assumer comme cet homme-ci, rejeton de la descendance d’Ève par lequel la prophétie du Salut doit se réaliser, tout en restant « Dieu, Fils de Dieu ». S’engendrer par conséquent sans s’amoindrir dans une chair pourtant créée.

    Une telle opération nous est inconcevable – tous les théologiens (chrétiens et non chrétiens) l’ont répété à l’envi – et plus encore quand on met en évidence ces deux grands moments. Le plus beau tient sans doute au fait que ce mystère des mystères, si essentiel à la destinée humaine, dépend in fine du libre assentiment d’une jeune fille, d’autant plus libre que son objet est plus inconcevable. Il a fallu qu’une vierge se donne d’elle-même dans sa liberté à Dieu, pour que Dieu naisse lui-même de ce don : ce n’est pas rien et cela tient à si peu !

    Dieu né dans la chair peut vivre une véritable vie humaine, et c’est cela d’abord « demeurer » auprès de l’humanité entière. Vivre une vie humaine au milieu des êtres humains signifie, pour Dieu, les guider, non plus comme nuée sur l’horizon d’un peuple, mais comme homme au milieu des hommes et des femmes de tous lieux. Par cette nouvelle façon de « demeurer auprès », Dieu construit, au gré de ses rencontres, les fondements (vivants, songeons à Pierre) de son Église. Marie mère de Dieu en est le seuil. Par elle Dieu demeure auprès de l’humanité, pour opérer (comme il a opéré en son sein) son rachat dans sa nature pécheresse même.

    De l’Exode à l’Annonciation, la nuée évoque ainsi tour à tour l’effroi sacré et la foi la plus pure, et l’on passe d’une tente qui est temple de la Puissance, à la Vierge Temple vivant de la foi.

  • L’épisode de la Transfiguration, tel que Luc le rapporte, est en quelque sorte intermédiaire entre celui de la Tente et celui de l’Annonciation. Le point de vue n’y est ni frontal comme dans le premier, ni latéral comme dans le second, il est interne, intérieur à la scène. Jésus souhaite aller prier sur la montagne (elle n’est pas nommée), il s’y rend accompagné de Pierre, Jean et Jacques. Dans la prière, l’aspect de son visage change et son vêtement devient d’une blancheur éclatante. Sans transition, Moïse et Élie, « apparus en gloire », s’entretiennent avec lui. Les trois disciples, engourdis de sommeil, s’éveillent (comme on s’éveille en rêve). Pierre parle de dresser trois tentes pour Jésus et ses illustres invités, sans rapport avec leur conversation qui évoquait la mort sur la croix, en référence à la phrase dite par Jésus huit jours auparavant « Il en est de présents ici même, qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le royaume de Dieu » : à savoir lui-même, Pierre, Jean et Jacques. Et c’est alors que se révèle le royaume avec la nuée de puissance, dont l’ombre couvre la scène (« elle les prenait sous son ombre »), et la voix qui en émane et désigne Jésus comme le Fils. Le « royaume de Dieu » est ici tout entier, réunissant la Trinité et les saints. La voix impérative efface tout : la scène s’est vidée, Jésus est à nouveau seul, et les trois disciples interdits : « Et eux gardèrent le silence et n’annoncèrent à personne, en ces jours-là, rien de ce qu’ils avaient vu. » La scène a pour seuls témoins les ministres du nouveau culte, Pierre, Jean et Jacques, qui ne témoignent pas immédiatement de ce qui s’est passé sur la montagne ; le témoignage prend du temps, parce qu’il suppose qu’une nouvelle génération de ministres voie le jour : c’est à elle qu’il se destine, transmis de prêtre en prêtre jusqu’à aujourd’hui.

    Il ne s’agit ici pour Dieu ni de rester avec son peuple ni d’opérer sur la nature humaine, mais de se manifester à ses ministres : Moïse, Élie, Jésus en tant qu’homme, Pierre, Jean et Jacques, dont la réunion est celle de l’Ancien et du Nouveau Testament, et, à travers eux, celle du peuple élu et de l’humanité toute entière, dont ils sont les ministres dépêchés par Dieu. Ainsi l’unité de l’ancien et du nouveau est fondé par le ministère sacré. Demeurer auprès de ses ministres, c’est pour Dieu s’être manifesté aux premiers d’entre eux (Moïse, Élie, Pierre, Jean et Jacques), pour que ceux-ci (Pierre, Jean et Jacques) transmettent à leurs successeurs le témoignage de l’expérience de la vision dès cette vie du royaume de Dieu.

Spectaculaire, secrète, exclusive, la demeure de Dieu auprès de son peuple, de l’humanité, de ses ministres, si elle prend la forme récurrente de la nuée de puissance, ne peut jamais être considérée comme un simple « vivre au milieu de », comme c’est le cas pour la grande majorité des Dieux antiques, mais comme un événement exceptionnel rendu possible par une architecture à valeur de « sigil », de signe cabalistique, par une jeune femme pleinement libre d’accepter ou non l’opération qui se produira en elle, par la convocation « fantastique » du ministère divin dans son unité historiale. Dans chaque cas, un Temple est érigé : la Tente de la Rencontre, la Vierge Marie, l’Histoire ecclésiastique. La place qu’y tient Marie est centrale, qui permet de passer de la Rencontre à l’Histoire : par la porte étroite de son « oui », Dieu trouve à demeurer auprès de l’humanité, à se donner à naître comme homme-Dieu.